Peut-être étais-je déjà sous influence ? Isabelle a l’habitude de mes fulgurances saugrenues, et me répondit sans ciller.

«  Pas chiche ! », que j’interprétai illico comme un mélange de mise au défi et de « cause toujours ».

«  Tu vois, continuai-je, somme toute dopé par sa réponse, moi, si j’étais un virus, j’en aurais marre de tout ça. Marre des vaccins, marre des manipulations génétiques en tous genres, marre des laboratoires où nous sommes étudiés, clonés, reproduits. Sans m’en rendre compte, je commençais à parler à leur place, comme eux.

Je suis rentré le soir chez Pierre et…, - j’ai oublié le nom de son associé -, j’ai ouvert mon portable qui sommeillait dans l’ombre, et j’ai écrit soixante-dix pages d’un essai dans lequel les virus parlaient à la première personne - du pluriel bien évidemment -. Très vite, d’identifications en anthropomorphismes, le monde des virus a constitué pour moi un univers cohérent, organisé, hiérarchique. Le cœur du récit était là. J’ai fait des recherches, lu des livres, consulté des sites. Etudié leurs modes de fonctionnement, de multiplication, de nuisance. Analysé les moyens que les virologues utilisent pour les mettre en évidence. J’ai compris par exemple qu’il n’y avait pas grand chose à voir avec la fourberie du virus du Sida, la virulence de la grippe aviaire, ou la relative « stupidité » de la variole, qui avait succombé relativement facilement à la mise au point d’un vaccin. Sans nul doute, de mutations en adaptations successives, j’ai compris que les virus devenaient de plus en plus méchants, de plus en plus fourbes. Que le pire était sans doute à venir. Et si les virus voulaient se débarrasser de l’Homme ?

la suite Suite