Je me suis alors heurté au pragmatisme d’Isabelle, mon épouse :

    « Comment peux-tu prêter à ces infimes créatures un esprit, une intelligence ?

-         Merci, Isabelle, tu viens de me fournir le titre des chapitres dans lesquels les virus vont s’exprimer : « Esprit ».

Bien sûr, on ne peut pas parler d’une intelligence virale, au sens de l’esprit humain, un cerveau, un caractère, un ego. Alors qu’un être humain est unique, un virus est plutôt comparable à un clone. A l’échelle infiniment petite et primitive qui est la sienne, un individu, c’est déjà plusieurs millions d’unités. Je ne pouvais donc envisager une véritable intelligence, mais plutôt une sorte de cohérence intrinsèque. En étudiant l’histoire des infections, je me suis rendu compte par exemple que les épidémies virales ne survenaient pas n’importe comment : elles relevaient d’une organisation interne. Avaient un début, un zénith, une fin. Des résurgences. Des cycles de réplication. Qu’elles procédaient un peu comme la maturation des vins. Il y avait des années médiocres. Des grandes années. Et les crus exceptionnels. Pour le virus de la grippe par exemple, on retrouvait, tous les vingt à trente ans, un épisode pour lequel la mortalité montait en flèche : une vendange, oui, mais de grappes humaines !

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